Danse indienne à la méditerranée intérieure (2018)

120x80x4 cm ~ Peinture, Huile


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Presque deux ans de travail, avec Paula comme modèle
extrait de P(au)ose, à paraître octobre 2018

… Et une nouvelle grande toile repris sa place à l'atelier. Nous avions le projet d'un portrait debout. Une pose de danse. La danse très codifiée et stylisée qu'elle pratique, la danse indienne. Le tableau-là prit rapidement forme, avec une belle position élégante, plein cadre, marquant le mouvement des mains et des pieds, et accentuant leur présence. Simplement je n'arrivai pas ensuite à le construire avec aisance. Le fond desservait le sujet, ou l'inverse.
Alors il reposa.
Il reposa de longues semaines. Je l’observai. Puis je le retournai face au mur. Les semaines devinrent des mois. Je voulais oublier ce que sans doute je vivais comme un échec. Je crois que je m'étais faite à l'idée de ne pas aboutir, de laisser ce tableau­-là, de le reprendre plus tard, de refaire une pose, l'envisager autrement, je ne savais pas.
Jusqu'à ce qu'un matin, un tout petit matin, avant même l'aurore, quelque chose d'aigu et impérieux me réveilla.
Lève-toi, lève-toi, prends le pinceau, va.
Un élan qui me traverse. Sans que je ne sache exactement qui me commande ce mouvement, ni d'où il vient. Comment puis-je raconter sans savoir qui mettre à la première personne ?
Et donc ce matin-là, à peine sortie du lit sans avoir déjeuné ni rien, le pinceau à la main déjà, les tubes de couleur sortis déjà, un grand coup de blanc à la grosse palette pour isoler et le bleu et le vert et la terre de sienne brûlée quasiment des deux mains le tableau par terre puis relevé je dressai la carte de l'Europe et l'Afrique, de tête bien sûr, et donc les deux continents bien cadrés et de rapports harmonieux mais très peu respectueux des valeurs relatives, laissant seuls du modèle la tête et les extrémités mains et pieds apparaître sur le décor intégré.
En moi dansait cette phrase « Danse indienne à la méditerranée intérieure ».
Et ça marchait. Le résultat dansait.
J'y voyais d'elle les mouvements gracieusement contrôlés et la chaleur intérieure. Ce qui m'importe aussi du lien avec la terre et l'histoire du monde. Le mental, l'animal. Le féminin qui relie et accueille. Et puis ce nom de famille qu'elle porte et qui résonne des mouvements du monde au-delà des frontières, dans la géographie… Lorsqu'elle le vit, elle le regarda, elle ne dit rien d'abord, puis elle manifesta la prise en compte, se retourna vers moi et dit: « Waohh ! il parle d'unité. »
La semaine suivante, elle vint et me lut cette si belle phrase d'un Mythe mélanésien de l'ïle de Vanuatu :
Tout homme est tiraillé entre deux besoins, le besoin de la pirogue, celui du voyage, de l'arrachement à soi-même, et le besoin de l'Arbre, celui de l'enracinement, de l'identité. Et les hommes errent constamment entre ces deux besoins, en cédant tantôt à l'un tantôt à l'autre ; jusqu'au jour où ils comprennent que c'est avec l'Arbre que l'on fait la Pirogue.

Sur le tableau, j'agrandis alors le fleuve Congo.

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